Pendant longtemps, je me demandais:
"Puis-je me considérer francophone si ma langue maternelle n’est pas le français? Si ma langue maternelle est en fait l’anglais?"
J’ai fini par réaliser que je cherchais une permission, un sceau d’approbation qui reconnaitrait et confirmerait ce que je savais déjà être vrai.
Pendant longtemps, j’ai senti qu’il y avait en moi une part francophone. Mais en tant qu’anglophone vivant au Québec, où la langue est un facteur si déterminant de l’identité, je me suis toujours sentie obligée de me catégoriser comme anglophone, même si cette étiquette ne rend pas compte de tout ce que je suis.
De plus en plus, nous vivons des identités hybrides, qui ne se laissent pas facilement enfermer dans des catégories statistiques nous demandant de nous identifier à un groupe linguistique ou à un autre, de façon binaire et mutuellement exclusive.
De plus en plus de livres et d’études à travers la province soulignent que les anglophones ne sont pas un groupe d’individus qui existe en dehors du français, mais qu’ils contribuent activement à la francophonie québécoise.
Parce que c’est justement ça que j’ai compris : être francophone ne tient pas seulement au fait d’être né dans une famille francophone et de parler français à la maison comme langue maternelle. C’est bien sûr une définition, la plus courante. Mais en ce Mois de la francophonie, je voulais aussi dire qu’être francophone, c’est:
- choisir de lire des livres en français, même si on a encore besoin d’un dictionnaire
- choisir de parler français avec des amis et des inconnus, même si on n’est pas sûr de ses mots, même s’il est plus facile de parler une autre langue
- partir en voyage et se rendre compte que l’une des raisons pour lesquelles cet endroit ne semble pas être chez soi, c’est qu’on n’entend pas de français autour de soi
Vous n’avez pas besoin de prouver votre niveau de français pour pouvoir vous dire francophone: ce n’est pas une performance. C’est simplement une certitude intérieure et une façon d’honorer une part de ce que vous êtes.
Alors, à tous les Québécois anglophones qui vivent et respirent en français, qui ne savent pas trop s’ils font partie de la francophonie québécoise, j’espère que vous vous êtes reconnus un peu dans ces mots. :)
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